Je voulais écrire un poème et j'ai décidé de chercher des sites contenant plusieurs poèmes québécois pour m'aider. Après avoir lu quelques poèmes sur un site (très intéressant que je vous ai mis ci-dessous), j'ai décidé de publier sur mon blogue ceux que je trouvais les plus intéressants selon moi.
Si vous voulez en lire d'autres de style différent, je vous ai laissé le site.
P-S. : Je vous écrierai un poème une autre fois.
Pris et protégé
Pris et protégé et condamné par la mer
Je flotte au creux des houles
Les colonnes du ciel pressent mes épaules
Mes yeux fermés refusent l’archange bleu
Les poids des profondeurs frissonnent sous moi
Je suis seul et nu
Je suis seul et sel
Je flotte à la dérive sur la mer
J’entends l’aspiration géante des dieux noyés
J’écoute les derniers silences
Au-delà des horizons morts
Pris et protégé et condamné par la mer
Je flotte au creux des houles
Les colonnes du ciel pressent mes épaules
Mes yeux fermés refusent l’archange bleu
Les poids des profondeurs frissonnent sous moi
Je suis seul et nu
Je suis seul et sel
Je flotte à la dérive sur la mer
J’entends l’aspiration géante des dieux noyés
J’écoute les derniers silences
Au-delà des horizons morts
Alain GRANDBOIS, Les Îles de la nuit, Parizeau, 1944
La passion des mots
Pourquoi la poésie ? Pourquoi cette écriture à contre-courant de toutes les vitesses d’usage, sinon pour s’ancrer dans une langue en désarroi qui échappe à ses balises… Dire simplement : j’ai la passion des mots, de leur souffle, de leur volume. C’est pour moi plus qu’une métaphore, car les mots, dans la poésie, se mettent réellement à bouger, à faire des histoires ; ils dérangent l’ordre du discours, organisent leur propre débit, trouvent leur voix, leurs figures. La poésie, c’est là où, ayant renoncé à la maîtrise du langage, j’accepte d’être jouée, piégée, remise en cause. Là où, paradoxalement, je renonce à l’unité.
Pourquoi la poésie ? Pourquoi cette écriture à contre-courant de toutes les vitesses d’usage, sinon pour s’ancrer dans une langue en désarroi qui échappe à ses balises… Dire simplement : j’ai la passion des mots, de leur souffle, de leur volume. C’est pour moi plus qu’une métaphore, car les mots, dans la poésie, se mettent réellement à bouger, à faire des histoires ; ils dérangent l’ordre du discours, organisent leur propre débit, trouvent leur voix, leurs figures. La poésie, c’est là où, ayant renoncé à la maîtrise du langage, j’accepte d’être jouée, piégée, remise en cause. Là où, paradoxalement, je renonce à l’unité.
Louise DUPRÉ, Choisir la poésie,
Écrits des Forges, 1986
Écrits des Forges, 1986
Dire le souffle enfoui en nous
du temps et un certain désespoir
car dans la rumeur urbaine on cite
tous ses efforts à survivre comme
étant des effets de fiction
ce que l’envie de création persiste à dire
c’est le souffle enfoui en nous
des paroles comme un cinéma parlant
des apparences
des montagnes
du gestuel dans les yeux
la vraie nature des effervescences
puisqu’il est possible de retenir
les scènes sur l’écran en ellipse
j’ai remonté certains fragments
j’ai perdu un peu l’accès aux démesures
mais il en reste quelques mots
frappés dans des images sonores
du temps et un certain désespoir
car dans la rumeur urbaine on cite
tous ses efforts à survivre comme
étant des effets de fiction
ce que l’envie de création persiste à dire
c’est le souffle enfoui en nous
des paroles comme un cinéma parlant
des apparences
des montagnes
du gestuel dans les yeux
la vraie nature des effervescences
puisqu’il est possible de retenir
les scènes sur l’écran en ellipse
j’ai remonté certains fragments
j’ai perdu un peu l’accès aux démesures
mais il en reste quelques mots
frappés dans des images sonores
Claude BEAUSOLEIL, Dans la matière rêvant comme d’une émeute, Écrits des Forges, 1982
Graffiti
je suis un poème engagé
conquistador de petites ruelles
aux asphaltes mouillés de sperme et de larmes
aux pignons rouges sur toits
et aux regards de crapauds voyageurs
Louis GEOFFROY
« Les Nymphes cabrées » suivi de « Graffiti »
L’Obscène Nyctalope, 1968
« Les Nymphes cabrées » suivi de « Graffiti »
L’Obscène Nyctalope, 1968
Métamorphose
J’ai changé
tout est neuf
mon allure
ma démarche dans la rue
la manière de te parler
même cette langue
je ne te ressemble plus tu vois
Parfois des souvenirs filtrent
par-delà ce fragile rideau de mots
taches fuyantes de l’après-midi
Ton accent familier a désormais disparu
la machinerie du temps est si efficace
Cependant il me reste encore la force
de te dire que je n’ai plus besoin
de toi
Va-t’en
J’ai changé
tout est neuf
mon allure
ma démarche dans la rue
la manière de te parler
même cette langue
je ne te ressemble plus tu vois
Parfois des souvenirs filtrent
par-delà ce fragile rideau de mots
taches fuyantes de l’après-midi
Ton accent familier a désormais disparu
la machinerie du temps est si efficace
Cependant il me reste encore la force
de te dire que je n’ai plus besoin
de toi
Va-t’en
Fulvio CACCIA, Irpinia, Triptyque, 1983